E- santé de quoi parle t’on ?

E-santé, télésanté, télémédecine, cyber santé, télématique de santé, TIC Santé… La littérature regorge d’expression consacrée à la santé « connectée » ou « numérique » et la traduction française de termes utilisés dans la littérature anglo-saxonne vient ajouter une certaine confusion sémantique.

Conscient des enjeux et du développement de ces activités, l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) va, dès 1996, s’efforcer de définir les différentes notions qui apparaissent dans la littérature. Selon l’OMS la e-santé se définit comme « les services du numérique au service du bien-être de la personne » qu’il faut distinguer de la télémédecine « composante à part entière de la médecine, qui met en œuvre des moyens de télécommunications numériques permettant à des professionnels de santé de réaliser à distance des actes médicaux »1. Toujours pour l’OMS, le terme télésanté concerne l’application des systèmes de communication pour protéger et promouvoir la santé.

 

En France, le seul terme qui bénéficie d’une définition légale est la télémédecine.

 

En revanche, pas de définition officielle pour le concept de e-santé avec, comme le reconnait le Conseil National de l’Ordre des Médecins, des « frontières… de plus en plus brouillées dans le monde de la santé connectée » ou « il devient difficile, voire aléatoire, de faire une distinction absolue entre les dispositifs »2.

Quoiqu’il en soit, le terme e-santé s’est aujourd’hui banalisé pour qualifier tout ce qui contribue à la transformation numérique du système de santé et qui s’est répandu par analogie à l’e-commerce. Ainsi, la e-santé intègre le concept de télémédecine mais aussi tous les services à la personne liés à la société de l’information, notamment du commerce électronique.

 

On peut citer en particulier :

  • Tout ce qui relève de la télésurveillance sociale à domicile
  • La télé-observance des dispositifs médicaux
  • Tout ce que les technologies du numérique peuvent offrir pour améliorer l’information en santé des personnes  (MHealth, site web) qui concourent à l’éducation en santé des personnes (Quantified Self).
  • Le domaine des systèmes d’information (SI) pour la coordination des soins
  • Et aussi : les objets connectés santé / bien être, les capteurs textiles intelligents, les réseaux sociaux, les services de formations en ligne, les serious games…

Un marché à fort potentiel qui pèserait environ 20 milliards d’Euros au niveau Européen, ce qui le porte au troisième rang des marchés de la santé.

Un environnement riche

Depuis plus de 10 ans, le territoire de Castres-Mazamet a pris le pari d’une excellence dans le secteur de la e-santé qui est devenu, depuis, une filière de développement stratégique de l’Etat. Quelles sont les forces en place ? C’est d’abord un réseau de communication puissant qui a incité au développement de services numériques bien avant que l’on ne parle de smart city. C’est un jeune opérateur de stockage massif de données qui génère du débit dans le réseau de communication et qui peut donner une valeur active au patrimoine informationnel dont il a la charge. C’est un jeune hôpital intercommunal pensé et construit dans un esprit d’ouverture avec un intérêt marqué pour les technologies de l’information et de la communication. C’est une jeune école d’ingénieurs en informatique, originale, puisqu’étant la seule sur le territoire national à inscrire le terme santé dans son nom. A cette base solide, vient se greffer un tissu industriel au premier rang duquel il y a un grand laboratoire pharmaceutique qui anticipe les évolutions du système de santé, et par sa vision, accompagne ce développement d’une intelligence collective locale dans un jeu coopératif gagnant-gagnant.

 

Mais les contributions de chacun ne constitueraient pas une force suffisante pour être en mesure d’infléchir l’histoire industrielle d’un territoire si elles n’étaient pas coordonnées et engagées avec à propos dans le projet commun. La technopole joue ce rôle. Elle s’inscrit dans les réseaux d’innovation qui comptent à l’échelle internationale. Elle anime le cercle e-santé réunissant régulièrement les compétences des acteurs pour co-construire les actions territoriales. Elle incite à l’innovation et à la création d’entreprises par son prix d’implantation dont le centre d’intérêt est la e-santé, et par le relais qu’elle offre aux étudiants de l’enseignement supérieur pour se lancer dans l’aventure des jeunes pousses. Enfin, annuellement, elle rassemble et met en valeur les acteurs de la santé de demain lors de son université d’été de la e-santé organisée depuis 11 ans.

 

Il y a un lieu où l’intelligence territoriale donne du sens à la e-santé, c’est ici, à Castres-Mazamet , au sud du Tarn, au pied de la Montagne Noire, entre Montpellier et Toulouse, au centre de l’Occitanie. Je peux en témoigner.


1- Dans ce sens, dès 1998 le Docteur Fernado Antezema, Directeur Général de l’OMS, demandé que soit réservée l’appellation « télémédecine » aux seules actions cliniques et curatives de la médecine utilisant les systèmes de télécommunication

2- CNOM, Santé connectée : de la e-santé à la santé connectée, le livre blanc du Conseil National de l’Ordre des médecins, janv. 2015, https://www.conseil-national.medecin.fr/sites/default/files/cn_pdf/janvier2015/master/sources/index.htm